• /!\ Emprunt à durée indéterminée (non censuré) /!\

      Shadow  Inaugural

    /!\ Emprunt à durée indéterminée (version non censurée) /!\

     

    Plus d'un mois de vol après avoir laissé le Dépotoir derrière eux (laissant à certains le temps de régler leurs problèmes de stabilité à bord...), l'Elian dut faire escale dans un village coincé entre des marais et les escarpements rocheux d'une chaîne de montagnes abîmée par le temps. Il fallait faire le plein de vivres et de quelques pièces pour le navire. Ils arrivèrent en fin de soirée mais il faisait déjà nuit tant les nuages d'orages obscurcissaient le ciel. Cet arrêt rassurait Lucky qui n'avait clairement pas envie de manoeuvrer l'Elian en pleine tempête surtout le ventre vide. Crystal et Dairiun se portèrent volontaires pour s'occuper des vivres tandis que Fenrir et Shadow devaient récupérer quelques pièces de réparation ainsi qu'une enclume et un four ou un poêle pour la forge. A peine eurent-ils posé le pied sur le plancher des vaches que le ciel leur souhaita la bienvenue à sa manière en semblant s'écrouler sur eux comme pour les embrasser. La pluie torrentielle qui s'abattit eut tôt fait de tremper le petit groupe. S'en suivit alors une bordée de jurons elle-même suivie de quelques borborygmes strictement incompréhensibles pour toute personne non initiée à la langue dite des "râleurs". Étrangement dans ces quatre là, tous se comprirent. Ils entrèrent dans ce village et trouvèrent rapidement l'épicerie mais pas de forge ni de quincaillerie. Ils se séparèrent donc laissant Crystal et Dairiun marchander le prix exorbitant des quelques vivres de piètre qualité tandis que Fenrir et Shadow s'engagèrent plus loin dans le village. Cette bourgade semblait mal famée et était particulièrement sale. A mesure qu'ils avançaient, les ruelles devenaient de plus en plus sombres et étroites et des flots d'immondices coulaient dans les caniveaux, s'infiltrant dans les pavés inégaux. La pluie transformait la terre en une boue nauséabonde. Ils n'avaient croisé aucune âme depuis le gérant de l'épicerie, un colosse à la mine patibulaire. Au détour d'une ruelle particulièrement sombre ils virent un corps alongé dans le caniveau une dague encore entre les côtes et sur lequel les corbeaux venaient arracher des lambeaux de chair décomposée. Le spectacle peu ragoûtant confirma à nos amis l'impression de malaise qu'ils ressentaient en ce lieu. Les meurtres semblaient monnaie courante ici, s'ils voulaient éviter les ennuis ils auraient à se faire discrets. Cependant, ils adoraient se créer des ennuis. Au bout d'une heure et demie de recherche ils finirent par voir une lumière vacillante provenir d'une bâtisse. Ils s'y dirigèrent et virent sur la porte d'entrée, qui jouxtait une grande porte cochère, un panneau tout simple : "Chez KraeK". Quand ils entrèrent l'homme au comptoir à moitié caché dans l'ombre grogna à l'attention des deux compagnons.

    "J'peux quelqu'chose pour vous? leur adressa-t-il d'un ton inamical.”

    "Bonjour, lui répondit Fenrir en pensant que s'il gardait cet état d'esprit elle allait l'égorger. Nous désirerions … acheter (Shadow pensa qu'elle allait vomir en prononçant ce mot) quelques pièces, pourriez vous nous indiquer un forgeron ou toute personne qui travaille le métal ? "

    Oui, Fenrir avait perdu aux dés quand ils avaient déterminé qui parlerait. Et oui elle n'avait pas tout volé car quand elle avait évoqué l'idée, Shadow lui avait rétorqué que, dans ce cas, ce serait elle qui courrait avec l'enclume sous le bras en tentant d'échapper aux gardes. Tout bien réfléchi, elle s'était résignée à faire des emplettes de manière plus traditionnelle. Dans un geste d'agacement elle fit tinter sa bourse bien remplie, son qui résonna comme une douce mélodie à l’oreille du marchand. Il s'avança vers ses futurs clients et leur dit d'un ton mielleux :

    "Je suis justement le meilleur forgeron, garagiste et armurier à des lieux à la ronde, Kraek pour vous servir."

    Les deux membres de l'Elian purent alors voir à quoi ressemblait leur interlocuteur. L'homme était imposant avec sa carrure d'athlète, son chapeau de cowboy, son cigare au coin de la bouche et sa moustache drue qui lui donnait un air aristocratique. Mais ce qui frappait le plus c'était son bras droit. En effet, ici pas de muscle, d'os ou de tendon : tout avait été remplacé par des tuyaux, des rouages et autres pièces métalliques. Il maniait pourtant ce bras mécanique de manière aisée comme si les nerfs étaient liés au métal. Ils auraient peut-être à se renseigner sur lui, pensait Shadow. Un bruit derrière eux le sortit de ses réflexions.

    "C'est aussi le seul et on aime pas trop les pirates par ici donc va falloir payer un petit supplément ! , s'exclama un homme qui venait de passer le seuil derrière eux, entouré de quatre types qui semblaient prêts à en découdre. Bah ouais les p'tits gars je sais reconnaître des pirates de l'air partout où j'en vois qu'ils soient bien habillés, déguisés ou même de la bleusaille comme vous ! J'ai survécu à trois abordage moi, même pendant une tempête électrique, oui Monsieur ! ".

    Shadow se figea.

    "Ouais, t'as surtout bu c'que t'es sensé vendre. Je vous présente Fobbe Batt, ex chasseur de prime et aujourd'hui barman du charmant petit village de Naganor", fit Kraek goguenard avant de prendre un ton beaucoup plus sombre et menaçant. "Mais il a pas tort, on n’aime pas les pirates alors va falloir allonger un peu."

    C'était tentant, très tentant, cinq contre deux, juste un peu de challenge, pour le sport, mais le barman avait trop attiré l'attention de Shadow, il avait des questions pour lui. Alors il intervint, jouant la stratégie de la diplomatie :

    "Bien entendu messieurs l'argent n'est pas un problème en soi, d'ailleurs nous n'avons toujours pas dit ce que nous recherchions. Vous monsieur Batt j'ai cru comprendre que vous étiez barman, je passerai prendre une pinte dans votre établissement dès que nous aurons terminé nos achats"

    A ces mots le barman et sa bande tournèrent les talons en maugréant de vagues menaces.

    "Donc, maintenant qu'on est d'accord, i' veulent quoi les p'tits pirates? " leur adressa KraeK.

    Ce fut Fenrir qui fut la plus prompte à réagir :

    " Une enclume, un four adapté à une forge, trois plaques d'acier de deux mètres par trois et quatre feuilles de cuivre d'un mètre cinquante sur deux mètres vingt et cinq millimètres d'épaisseur".

    "Pas cuivre, laiton s'il vous plaît, intervint Shadow.”

    "Non cuivre, j'ai toujours réparé avec du cuivre et je continuerai non mais oh, lui rétorqua la mécano' un poil exaspérée.”

    "Oui et c'est pour ça que dès qu'il pleut le pont devient bleu"

    "Et alors c'est très bien le bleu !"

    "Ta mauvaise foi aussi..."

    Devant cette dernière remarque Fenrir allait décocher un joli direct à Shadow quand KraeK s'interposa :

    "Hum sinon j'ai un cuivre traité en surface pour garder l'aspect cuivré sans avoir les légers inconvénients lors des intempéries. Mais d'abord voyons pour l'enclume et le four. Suivez-moi s'il vous plaît"

    Le changement de langage de cet homme étonna tellement les pirates qu'ils eurent un moment d'absence.

    "Oui il faut savoir parler comme ceux d'ici si on veut rester en vie, leur montrer que s'ils jouent aux plus cons ils ne sont pas sûrs de gagner en somme. Regardez là ! fit-il leur désignant les enclumes en sortant un monocle et un cigare.”

    Et ils regardèrent mais ils ne virent pas les différentes enclumes en premier, ce qu'ils virent au premier abord c'était la source de la lumière et de la chaleur. C'était un four énorme dont le foyer était protégé par des morceaux d'acier aiguisés et dont l'ensemble avait été stylisé pour ressembler à la gueule d'une créature démoniaque absolument terrifiante.

    "Ah, vous avez remarqué : un four Ormagöden, on en fait plus des comme ça. Chacun d'entre eux est unique. Mais il n'est pas à vendre c'est mon four de forge personnel. Voilà les enclumes"

    Ils se décidèrent pour une enclume classique, lourde, massive et solide. Puis pendant que Fenrir attendait que KraeK lui découpe ses plaques, Shadow décida de faire un tour de la boutique/forge et découvrit une porte qui menait à ce qui se trouvait derrière la grande porte cochère. Fenrir qui s'ennuyait ferme le rejoignit et ensemble ils découvrirent un garage où étaient entreposées des machines à vapeur pleines de rouages, d'engrenages et de mécanismes qui semblaient dissoner aux yeux du forgeron tandis que la mécanicienne n'y voyait qu'une grande harmonie réalisée par une main de maître. Le maître en question qui venait de terminer la découpe leur présenta ses inventions. Ici une automobile, ici un EDP (Engin de Déplacement à Pattes) qui disposait de six pattes mues par la pression de la vapeur, et encore la bas une sorte de girocoptère avec une hélice et des voiles qui toutefois, au vu des éraflures de la peinture, semblait encore défaillant. Cependant, le ton affable qu'il avait eu pour les inciter à acheter disparu quand il annonça les prix des plaques :

    "Ça vous fera mille cinq cents pièces pour les plaques et neuf cents pour l'enclume. Vous avez choisi le four?"

    "Quoi ??!! s'étrangla Fenrir. Vous vous foutez de nous? On trouve des plaques de cette taille dix fois moins chères chez le premier... poissonnier du coin !

    "Les affaires sont les affaires et avec les pirates elles sont plus dures."

    Shadow s'éloigna avant d'être pris à partie dans une dispute qui commençait à prendre des proportions (sonores) colossales. Il s'approcha du comptoir pendant qu'il entendait les cris provenant de l'atelier et là en observant l'arrière du comptoir il se figea, eut un moment d'absence, regarda de nouveau et bloqua de nouveau. Ce pouvait-il réellement que ... ? Il fallait qu'il en ait le coeur net. Il sauta par dessus le comptoir et s'approcha de l'objet de son doute. Il prit le chapeau brodé d'or sur lequel étaient cousues deux clefs d'argent et ... le balança sur le sol les yeux rivés sur le présentoir. Un cristal noir veiné d’argent d'un mètre vingt de haut se trouvait dans ce lieu insolite couvert par un chapeau aussi grotesque que coûteux. Shadow enserra le cristal qui devait bien faire soixante centimètres de diamètre et tenta de le soulever. Aussi léger que résistant le cristal fut soulevé aisément de l'étagère où il était posé, laissant son empreinte dans la poussière. Dessous une étiquette : "merci de votre collaboration. Z. Directeur de gestion du Dépotoir". Plus aucun doute maintenant, c'était bien un cristal de noctalium, le plus gros que Shadow n'ait jamais vu. Rarissime car issu de la compression d'obsidienne et de duracier lors de l'élévation du Dépotoir, ce matériau n'existe qu'en très petite quantité. Il ne pouvait pas le laisser là à servir de présentoir. Il retourna donc voir les deux autres dont la conversation avait grandement dépassé le seuil de volume autorisé et cria d'une voix juste assez forte pour se faire entendre :

    "Fen' !!! "

    "QUOI ? "

    La conversation retomba en intensité.

    "J'admets, tu avais raison, renégocie les prix, à ta manière"

    "Quoi ? Comment ça renégocier, j'ai baissé le pris de l'enclume de vingt pièces et ... "

    Un BONG sonore coupa la fin de la phrase de KraeK. Fenrir venait de le frapper à la tempe du plat de sa clé.

    "Ah, tu vois que c'est plus facile comme ça, on est des pirates ou pas?

    "Mmmh", fut la seule réponse que Fenrir obtint mais elle prit cela pour une victoire écrasante de son plan.

    "Euh par contre... fit Fenrir qui se souvenait que si son plan s'appliquait elle aurait à porter l'enclume. Comment on ramène le tout sur l'Elian? "

    Un éclair suivi d'un coup de tonnerre lui rappela que ce trajet devrait en plus se faire sous la pluie.

    Ils se regardèrent un peu perdus et la mécano tourna la tète vers le garage.

    "Oh non n'y pense même pas" , eut juste le temps de dire Shadow avant que Fenrir ne se lance entre les inventions. Elle prit les plaques et les chargea dans l'automobile à vapeur puis avec Shadow ils y hissèrent l'enclume, non sans mal. Il leur fallait toujours un four et l'homme ne tarderait pas à se réveiller. Alors ils décidèrent de faire au plus simple. Ils défixèrent le four Ormagöden en se brûlant les mains car le foyer était toujours allumé. Avec un treuil bidouillé en quelques minutes par Fenrir avec les pièces traînant ça et là ils le hissèrent à son tour à bord de l'engin.

    "Attends " cria Shadow à Fenrir avant qu'elle ne monte à bord.

    Il revint une minute plus tard avec le cristal de noctalium qu'il cala avec précaution dans l'automobile surchargée.

    "Qu'est ce que tu vas faire avec un caillou ?" lui demanda la mécano' d'un oeil circonspect.

    "Ce caillou comme tu dis est sûrement l'objet le plus précieux à bord. Essaie de le ramener entier. "

    "Comment ça ? Tu viens pas? "

    "J'ai quelques petites questions à poser à Fobbe Batt avant je te rejoins après. Mais vraiment, fait attention aux affaires" lui répondit Shadow un poil menaçant maintenant.

    "T'inquiète, je gère." lui fit Fenrir en ajustant ses goggles sur ses yeux et en faisant rugir le moteur bien trop énergique pour un moteur à vapeur. Et elle démarra en furie explosant la porte cochère puis en manoeuvrant habilement malgré les pavés glissant pour louvoyer entre les maisons et s'éloigner vers l'Elian. Le four toujours allumé et les rugissements du moteur faisait comme si un animal enragé fonçait dans la nuit sous les éclairs.

     

    Shadow eut une pointe d'inquiétude et regrettait de l'avoir laissée partir seule (il craignait pour le matériel, la compassion pour un humain, c'est pas son fort) mais se dirigea vers le bar. Quand il entra il vit une petite dizaine d'hommes dans le bar (il n'avait pas croisé une seule femme depuis qu'il était entré dans la ville, étrange...). Celui-ci était relativement petit mais bien agencé avec le comptoir très éclairé au fond de la salle, un juke-box qui crachotait de la musique dans un coin et disposées ça et là les tables autour desquelles buvaient les habitués dans une ambiance plus tamisée. L'air de la salle légèrement enfumée sentait le  cigare le rhum et la bière. Fobbe se tenait derrière le comptoir en train de servir une bière en actionnant la poignée dorée et joliment gravée d'une des tireuse.

    "Me voici comme promis Batt, fit Shadow en entrant. Dur en affaires KraeK. Vous me serviriez une pinte de brune s'il vous plaît ? "

    "Ouais mais ça te fera cent pièces, on fait pas l'aumône au pirates dans le coin, lui rétorqua acidement Fobbe Batt"

    Shadow mis les pièce sur le bar et demanda a Fobbe :

    "Alors comme ça avant vous étiez chasseur de prime. Ça rapporte ça ? Au moins avec une petite prime de risque non?"

    "Ouais j'ai dessoudé des pirates plus costauds que toi alors fait pas le malin."

    "Oui je me doute, surtout si vous avez survécu à trois abordages dont un dans une tempête électrique. J'aimerais que vous me racontiez ce que vous avez vécu ou vu ce jour là, lui dit Shadow innocemment en sirotant sa bière"

    "J'avais six ans, j'm'en souviens plus, y'a rien à ajouter gamin" lui répondit Fobbe soudain froid avec une lueur de terreur dans les yeux. Shadow vit les clients du bar se redresser et tourner leurs regards vers lui.

    "Oh je vois, moi aussi j'ai survécu à un abordage de ce genre mais, moi aussi j'étais jeune, peut-être sauriez-vous m'indiquer quelqu'un qui en saurait plus ? Je voudrais savoir quelques petites choses."

    "Petit menteur, personne d'autre n'a jamais survécu à ces pirates. Je ne sais pas ce que tu cherches, mais par ici tout se paie. Et tu vas payer pour ta curiosité."

    En disant cela le barman fit un signe de tête et deux hommes barricadèrent la porte de sortie pendant que les autres sortirent couteaux et poignards.

    "J'aurais préféré payer en monnaie sonnante et trébuchante, fit Shadow en se levant, mais apparemment seul le prix du sang vous intéresse. Vous faites crédit? "

    Un grand sourire au lèvre il abaissa son masque et trancha le bras de l'homme qui tentait de lui planter une dague entre les cotes.

    "Ah au fait, ne vous coupez jamais la retraite quand vous êtes en infériorité numérique."

    Les autres se regardèrent se demandant s'il était fou, l'un des plus avinés entreprit même de compter sur ses doigts. Mais en effet, quelques secondes plus tard, l'assassin était partout à la fois. A peine avait-il fini de parler qu'il avait sauté sur une table pour clouer un homme contre le mur avec Darkness qu'il avait dégainée pour l'occasion. Son voisin eut juste le temps de se rendre compte qu'il était en danger que Requiem venait croiser sa carotide. Certains se ressaisir et un couteau de lancer vint se ficher dans l'épaule du pirate. La tête du coupable roula sur le sol, figée dans une expression de stupeur de ne pas avoir été assez rapide. En voyant ses clients et amis se faire massacrer (pas très bon pour les affaires) Fobbe  saisit le fusil qui était fixé au mur derrière lui (comme dans tout bar digne de ce nom). Il fit feu mais il avait été trop lent et la balle rencontra la tête dont Shadow s'était servi comme bouclier. Le sang de l'homme se répandit partout.

    "Bonne idée: le sang, la peur, les aveux et la mort, pensa Shadow. Mais d'abord le fusil."

    L'assassin se jeta de côté quand il capta la lumière d'une bougie sur une lame qui fonçait vers lui. Ce saut lui fit également éviter de justesse un nouveau tir qui vint fracasser un miroir. Les assaillants s'étaient regroupés.

    "Très bien, pensa le pirate"

    Il s'entailla les mains en récupérant une poignée des morceaux de miroir tombés au sol et les lança au visage de ses adversaires et sauta vers eux juste ensuite. Les reflets perturbèrent juste assez le petit groupe pour laisser le temps à Shadow de leur tomber dessus. Un coup de poing au visage de Fobbe lui permit de se saisir le fusil. Aussitôt une détonation retentit et le visage d'un colosse armé d'un tesson de bouteille vola en lambeaux. Mais ce n'était pas le style de l'assassin, il jeta donc l'arme au loin et entama une danse mortelle sur le rythme du jazz joué par le juke-box. Les coups qu'il donnait n'étaient pas destinés à tuer mais à blesser gravement, à faire couler un maximum de sang. A la fin du morceau, le groupe d'assaillants, ou du moins ce qu'il en restait était répandu sur le sol. Tous avaient été si tailladés que peu étaient reconnaissables. La peur s'était ancrée dans le coeur du barman qui s'était recroquevillé sous le comptoir avec une lame chaque mains, attendant que Shadow tente de l'attraper pour lui crever ses sales petits yeux toujours trop calmes. Du moins c'est ce qu'il tenta de faire mais ses lames vinrent s'enfoncer dans l'avant bras de l'assassin. Douloureux, mais pas fatal. Shadow le souleva pour l'asseoir face au comptoir et se mit en face pour lui poser trois simples questions :

    "Quel est le nom du capitaine du navire pirate qui attaque depuis une tempête électrique?

    Où est-ce que je peux le trouver?

    Quel est le nom de son navire? "

    Fobbe bondit de sa chaise pour attraper un tesson de bouteille mais un couteau ramassé par Shadow arrêta net la course de sa main.

    "Allons ne faites pas l'enfant. J'ai vu la peur dans vos yeux, je sais que vous en savez plus, dîtes moi tout et je vous laisse en vie tout comme nous avons laissé KraeK en vie. Un brave homme d'ailleurs bien qu'il aime trop l'argent."

    Le barman regarda sa main clouée sur la table par le couteau. Le sang coulait de la plaie, ses nerfs rongés par l'acier le faisaient atrocement souffrir.

    "Je peux rien vous dire mais par pitié ne me tuez pas" geint-il à l'attention de l'assassin.

    "Vous êtes sûr ? Comme vous voudrez mais dans quelques minutes vous allez me supplier du contraire si vous persistez à rester muet" lui répondit celui-ci d'un ton calme et détaché.

    Et sur ces mots, il fit tourner la lame du couteau dans la plaie. Les os crissèrent et du sang gicla sur le comptoir, le supplice ne faisait que commencer... Shadow reposa ses questions calmement :

    "Quel est le nom du capitaine du navire pirate qui attaque depuis une tempête électrique?

    Où est-ce que je peux le trouver?

    Quel est le nom de son navire? "

    Entre deux cris de douleur l'autre tenta de lui cracher au visage en lui éructant un : "Va crever j'te dirai rien enflure". Shadow sourit, largement, sincèrement et lui chuchota au creux de l'oreille "Non, toi tu vas crever" avant de lui arracher celle-ci à l'aide de Darkness dont il venait de se saisir. Sous les hurlements du barman, le forgeron de l'Elian alla chercher une dizaine de poignards et de couteaux sur les cadavres des clients. Il rattrapa l'homme qui tentait de s'enfuir en se tenant le côté de la tête, le sang poisseux recouvrant ses cheveux et sa main. Il le prit par la gorge et le plaqua le dos contre le comptoir. Shadow planta alors un poignard dans chacune de ses mains tellement profondément enfoncés que le pauvre gérant ne pouvait plus les bouger. Il fit de même avec les pieds,brisant les os, transperçant la chair et sectionnant les tendons. L'autre hurla, mais rien d'intelligible, donc rien d'utile pour Shadow. La cinquième dague fut la plus douloureuse. L'homme hurla à s'en casser la voix quand la lame se ficha dans son entrejambe créant une marre de sang sur son pantalon. Le tissu rêche de celui-ci ne suffit alors plus à contenir le sang qui se mit à couler par terre. Shadow posa ses questions une nouvelle fois et n'obtint comme réponse que quelque chose à propos de flammes, d'enfer et d'autres insanités. Tant pis, il passait un bon moment ; les cris de douleur sonnaient un peu comme un carillon léger et l'odeur du sang qui se répandait comme la fragrance d'un parfum délicat. La vérité étant qu'au contact du sang, son humanité disparaissait peu à peu laissant place à quelque chose de bestial et cruel qu'il lui avait permis de survivre seul dans la Jungle du Dépotoir. Il entama donc à une torture méthodique et relativement inventive sur le pauvre homme dont, malheureusement pour ce dernier, la carrure et la bonne santé lui permettaient d'endurer les supplices sans défaillir. Il commença donc en tranchant net les tendons d'Achille de l'homme de telle manière que ce dernier reste dans la pièce même s'il parvenait à se lever. Shadow saisit alors le goulot cassé d'une bouteille et entreprit de labourer les plantes de pied de son prisonnier les transformant en un mélange de chair et de lambeaux de peaux sanguinolents. Les hurlements de douleur de l'homme n'étaient toujours que des insultes alors le bourreau insista et le crescendo commença. Il arracha le morceau de pantalon sanguinolent et trancha les parties intimes du barman qui s'arrachait les cordes vocales de douleur. Il enleva alors la dague du comptoir et la planta dans la cuisse du pauvre gérant qui vit son sexe désormais accroché à une dague plantée dans sa jambe. Shadow cautérisa les deux plaies avec une lame qu'il avait mise à chauffer. Ce fut alors au tour des ongles (ceux des pieds inclus) , arrachés un par un, dans les gémissements de leur propriétaire qui ne parvenait même plus à crier. Le fluide vital s'échappant de toute part du corps de l'homme, le forgeron lui brula chaque plaie avec des lames chauffées à blanc. Shadow voulait , même dans l'état second dans lequel il était , que l'homme parle et épargna donc les dents, la langue et les lèvres. Devant le refus de coopérer de l'homme, il grava avec Darkness un serpent sur le torse du barman et arracha la peau qui le formait. Il chercha alors dans le bar et trouva du sel qu'il frotta dans cette plaie arrachant des couinements à sa victime. Le sel et le sang formaient un amalgame pâteux et odorant sur le pauvre être qui regardait impuissant son corps partir en lambeaux dans une souffrance extrême. Shadow continua à l'entailler un peu partout sur tout le long du corps des dizaines et des dizaines de fois avant de verser de l'eau de vie sur l'homme. La brûlure fut telle que Fobbe finit par murmurer quelque chose :

    "Achève moi"

    "Tu m'as fait promettre de ne pas le faire. En revanche si tu me réponds je te donnerais la possibilité de le faire toi même."

    "Va te faire foutre" l'affronta une dernière fois ce qu'il restait de Fobbe Batt.

    Shadow pris alors deux lames chauffées à blanc et les appliqua sur ses paupières qui fondirent, mettant les yeux à nu qui sous les lames se ternirent et brunirent, brûlés. S'en fut trop pour l'homme qui hurla avant de s’effondrer :

    "Le Tyrannis, le bateau s'appelle le Tyrannis ...  Sorel, Jimmy Sorel , la ville aux mille noms,  te dira tout,  faisait partie de l’équipe, expérimentations sur le capitaine, sais pas son nom. Tue moi, pitié..." hoqueta-t-il ses mots se mélangeant à ses plaintes. Shadow ne put en comprendre que ces bribes.

    "Et bien voilà c'était si dur que ça? Ta vie pour ça? Mais pourquoi donc? Pourquoi protéger cet homme?”

    L’autre fut incapable de répondre.

    “Tiens prend ça."

    Shadow retira le poignard de sa main droite et y glissa un pistolet qu'il avait trouvé sous le comptoir. Il sortit alors, laissant l'homme baignant dans son sang mélangé à l'eau de vie, une odeur d'alcool, de sang, et de peau brûlée dans l'air.

    Il entendit un coup de feu. Il sut alors que s'en était fini du barman. La détonation avait du embraser l'eau de vie car des flammes commençaient à lécher les murs de l'établissement. Shadow récapitula alors ce qu'il avait obtenu comme renseignements. Jimmy Sorel, la ville aux milles noms, le Tyrannis, des expérimentations menées sur le capitaine? Maigre mais il ferait avec. Et pourquoi donner sa vie pour cacher cet homme? Qu'avait-il de spécial? Il devrait l'apprendre. En attendant il devait avant tout rejoindre l'Élian.

    Il s'avança dans les ruelles sombres de Naganor sous un ciel qui n'en finissait pas de se déverser sur le monde. Les flammes s'élevant du bar luttaient contre la pluie, projetant des ombres dans le village. Des sirènes retentirent, il était trop tard, l'Elian était arrimé trop loin du centre des préoccupations, les pirates auraient disparus avant d'être soupçonnés. La pluie lavait le sang dont était couvert Shadow, lui rappelant ses propres blessures. Il les soignerait à bord. Mais il avait besoin de calmer cette rage qui bouillait en lui. Il escalada donc un toit, s'appuya le dos contre une cheminée et perdit son regard dans la nuit. Combien de temps demeura-t-il ainsi ? Il ne le savait pas. Il s'était perdu hors du temps et de l'espace, ne pensant qu'à la pluie qui glissait sur lui et aux éclairs qui embrasaient le ciel. Une fois apaisé il descendit. Ils devaient repartir rapidement d'autant qu'il avait du travail sur l'Elian. La garde avait été doublée au niveau de la grande porte mais personne ne le vit ni l'entendit et il se glissa dehors, ombre parmi les ombres, sans que quiconque ne remarque sa présence. Quand il arriva aux abords de l'Elian il haussa un sourcil : quelque chose clochait. Ou pas d'ailleurs. En fait, tout était relativement prévisible. De la fumée s'échappait de ce qui restait du véhicule avec lequel Fenrir était partie. Des pièces de métal avaient volé un peu partout autour et une grande tache d'huile s'entendait sous ce qui ressemblait aux restes d'un moteur. Il commença à s'inquiéter pour la cargaison. Il remarqua une trace profonde dans la boue qui faisait comme une tranchée et partait en direction de l'Elian. Se pourrait-il que ... ? Shadow suivit la trace sur une centaine de mètres et il tomba sur un tableau face auquel il ne put que rire. La pluie et l'orage l'avait apaisé à tel point qu'il rit franchement face à ce qu'il voyait.

    "Je t'avais dit que tu finirais par la porter, lança-t-il"

    Face à lui se trouvait une Fenrir le visage noir de suie, de la boue jusqu'aux genoux qui s'arc-boutait pour tirer l'enclume sur le sol. Elle fut si surprise d'entendre Shadow rire (surtout qu'elle s'attendait surtout à se faire engueuler) que la pauvre vit le bout de l'enclume glisser de ses doigts et elle tomba en arrière (démontrant de manière magistrale l'expression "être sur le cul"). Se rendant compte du ridicule de sa situation elle rit à son tour. Les deux compagnons s'aidèrent alors à apporter l'enclume avec le four (éteint maintenant), les plaques et le cristal de noctalium que la mécano' avait déjà rassemblés au pied de l'Elian et qui, étrangement, étaient tous en parfait état.

    "Il faudra que tu me racontes ta courses effrénée un jour parce que tout est en parfait état sauf toi et la machine. A la vitesse où tu allais ton créneau à dû être terrible !"

    Il y eut une pointe de fierté dans le regard de Fenrir qui indiquait que, oui, sa petite virée avait eu son lot de sensations.

    "Oh que oui, mais d'abord on décolle et après on picole. C'est bien joli toute cette eau qui nous tombe dessus mais moi ça m'a donné soif tout ça. Et sinon tu faisais quoi toi à lambiner derrière comme ça ? "

    "On verra plus tard. On va avoir du travail dans les prochains jours pour installer tous ça. Crystal et Dairiun sont bien rentrés ? "

    "Ouais regarde les là-haut, dix minutes qu'ils se trempent pour se foutre de moi, aucun qui m'aide ! "

     

    Et en effet, sur le pont Dairiun et Crystal ainsi que Kasai et Nef qui les avaient rejoints semblaient bien rire. On pouvait même voir des pièces s'échanger comme s'ils prenaient des paris (il s'avéra ensuite qu'ils concernaient la surface visible du corps de Fenrir qui resterait propre). Il hissèrent tout à bord et Shadow et Fenrir suggérèrent à Lucky de décoller sans trop tarder. En effet, quelques minutes plus tard, des gardes arrivèrent mais le navire volant était déjà hors d'atteinte. Fenrir et Shadow se dirigèrent alors vers l'infirmerie (Fen' seulement après avoir poursuivit les trois parieurs avec sa clé). Grey fut content de voir que pour une fois Shadow daignait venir le consulter pour raison médicale. En réalité c'était également pour susciter l'intérêt de leur médecin de bord concernant la partie "expérimentations sur  personne" de son récit. Le forgeron leur rapporta donc les évènements de la soirée et les maigres renseignements qu'il avait pu obtenir pendant que Grey recousait les plaies et les pansait. Toutefois lorsque Shadow évoqua les expérimentations sur le capitaine du navire, l'aiguille eut un très léger soubresaut, le médecin ne semblait pas tout savoir des tests menés sur les humains. Ils convinrent ensemble que la ville aux milles noms semblait une destination qui pourrait être intéressante dans un futur un peu plus lointain, il devrait en apprendre un peu plus avant et en parler aux autres membres de l'équipage. La pluie finit par cesser et l'équipage se réunit pour regarder un joli lever de soleil autour de quelques bouteilles d'un rhum qui bien que cher (Crystal avait tout de même subtilisé un peu de surplus bien mérité) et provenant d'un village plutôt inamical avait un goût très appréciable après cette nuit peu reposante. Le forgeron et la mécano' commencèrent alors à faire des plans concernant la future forge alors que le soleil entamait sa course dans le ciel.

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :